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                                          Le mobilier charentais n'a pas un caractère uniforme, il s'est toujours enrichi d'influences diverses dont témoignent les différents lieux de production. Au sud de l'enclave que constitue l'Aunis se situe la Saintonge. Les deux provinces réunies for' ment ainsi le département actuel de la Charente-Maritime et une partie du département voisin de la Charente. C'est un petit cours d'eau joliment nommé «la Guirlande» près de Cognac qui, selon la tradition, marquerait la séparation entre la Saintonge et l'autre partie de la Charente : l'Angoumois.

Commode de port saintongeoise en noyer massif

Plateau marqueté de cinq croix de Malte en bois de citronnier et poirier noirci

L’Aunis : une enclave autour de La Rochelle

                                          Délimité au nord par le Poitou, l'Aunis, la plus petite des anciennes provinces de France, forme une enclave autour de La Rochelle. Entre 1627 et 1628, la cité, haut-lieu de la résistance protestante, fut le théâtre d'un siège mené par Richelieu. La province retrouva une stabilité politique grâce aux intendants royaux qui firent du commerce maritime avec les colonies une source de richesse extraordinaire. A partir de la seconde moitié du XVIIe siècle commence en effet une période de prospérité pour La Rochelle. C'est dans cette ville que l'on rencontre l'un des mobiliers de port les plus originaux qui soient. En effet, alors que d'autres centres portuaires tels que Saint-Malo, Bordeaux et Nantes utilisent presque exclusivement l'acajou, La Rochelle cherche à cultiver sa différence en associant parfois sur un même meuble les essences exotiques les plus variées. La province d'Aunis formait d'autre part une avancée sur la mer puisqu'elle comprenait 1' île d'Oléron et l'île de Ré. Cette dernière a également produit des meubles très typiques.

                                          Les commodes en acajou massif constituent une part importante de la production rochelaise. Les plus belles se caractérisent par leur façade légèrement galbée. D'autres furent exécutées en bois d'amarante massif, ce qui est particulièrement rare. On trouve également des modèles d'armoires qui associent deux variétés d'essences exotiques l'amarante et le bois citron. Le contraste des bois fait donc la spécificité de l'armoire portuaire rochelaise qui se signale parfois par la présence d'un tiroir inférieur. On trouve également de fort beaux modèles d'armoires en acajou et acajou de Cuba moucheté.

Armoires et bonnetières charentaises

                                          Les meubles de La Rochelle et de l'île de Ré constituent un aspect très particulier de la production car ils font appel aux essences exotiques. Les artisans des provinces d'Aunis et de Saintonge se sont également intéressés aux bois locaux qui furent utilisés pour fabriquer des meubles moins luxueux que ceux destinés aux riches armateurs. En Saintonge particulièrement, les meubles témoignent d'une excellente qualité d'exécution et sont mis en valeur par de belles garnitures en fer finement découpées et pleines de fantaisie. La province montre également une nette prédilection pour les bois fruitiers tels que le cerisier, le noyer et le merisier qui étaient employés pour la réalisation des bâtis. Provenant de branches étêtées sur lesquelles se forment des excroissances, la loupe de frêne et la loupe d'orme (désignée localement sous l'appellation «orme galeux») servaient à réaliser les panneaux intérieurs des armoires, des buffets bas et des vaisseliers. Le contraste des tons . permettait d'obtenir de très beaux effets décoratifs qui rehaussaient les meubles. La tradition des décors marquetés caractérise encore la production saintongeaise.

                                          Dans la région de vignes située entre Saintes et Cognac, on a fabriqué de très beaux meubles qui témoignent de la richesse et de la gaieté de cette contrée. L'intérieur rural charentais du pays de Cognac met particulièrement en valeur deux meubles : l'armoire et la bonnetière. La première se rencontre plutôt dans la maison du paysan aisé tandis que la seconde trouve sa place dans les demeures plus modestes. L'armoire lingère saintongeaise, de fabrication très soignée, apparaît très différente des modèles portuaires de la Rochelle et de l'île de Ré. En noyer ou en merisier, elle est parfois à deux corps, c'est-à-dire qu'elle présente deux parties superposées qui viennent s'emboîter l'une dans l'autre. Souvent équipée d'un grand tiroir orné de garnitures en fer finement découpées, cette armoire a un caractère très décoratif. Le motif formant l'entrée de serrure au centre du tiroir adopte parfois la forme d'un coeur très ouvragé. On trouve également de nombreuses armoires à un seul corps qui sont discrètement ornées de motifs marquetés tels que des étoiles ou des croix de Malte. Les corniches rectilignes côtoient les corniches en chapeau de gendarme. Ces dernières reflètent un goût beaucoup plus raffiné, rappelant l'influence bordelaise. En Normandie, la bonnetière était utilisée pour ranger les coiffes empesées qui devaient être placées en hauteur, il s'agissait donc d'un meuble très spécifique. L'usage a voulu que l'on désigne sous cette appellation les armoires à une porte indifféremment de leur région d'origine. En Charente, la structure et la décoration des bonnetières demeurent donc assez proches des classiques armoires à deux portes.

                                          Elles sont ornées généralement d'une corniche en chapeau de gendarme et d'une porte décorée de panneaux à médaillons chantournés terminés par des enroulements caractéristiques. On trouve également de très beaux modèles de bonnetières à corniche rectiligne avec un tiroir orné des traditionnelles garnitures en fer découpé. Les plus riches modèles s'agrémentent de motifs finement sculptés, coquille mouvementée, rameaux feuillages, fleurs et fruits etc...

Vaisseliers et buffets : deux grand classiques du mobilier charentais

                                          Le vaisselier reste incontestablement le meuble le plus représentatif du mobilier | charentais et le plus décoratif aussi. On le rencontre en Aunis comme en Saintonge où il se caractérise par de typiques motifs en forme de toupies renversées situés sous la corniche qui est assez importante. Destiné au rangement de la vaisselle, il permettait d'exposer des faïences et trouvait une place de choix dans la «thieusine» (cuisine), pièce qui se confondait avec la chambre à coucher. L'ornementation du vaisselier sain-tongeais est généralement plus soignée que celle des modèles fabriqués en Aunis. La qualité d'exécution des motifs marquetés et les ferrures finement découpées font en effet la différence. Parfois des petits panneaux en loupe de frêne ornés de motifs géométriques sont incrustés sous la corniche et le long des montants du corps supérieur. On retrouve également des motifs similaires sur le dormant et la traverse basse du buffet.

                                          Les beaux buffets à deux corps ne sont pas des meubles très répandus en Charente. Ils n'étaient visibles que dans les intérieurs aisés. Dans la région de Saint-Porchaire, on a fabriqué de beaux buffets de mariage très raffinés à corniche cintrée avec dans la traverse basse la traditionnelle corbeille ornée de rameaux fleuris. En Aunis, à Ardillières, on trouve encore de rares buffets à deux corps en cerisier et loupe d'orme ouvrant en façade par six portes.

                                          

                                          Le buffet bas classique, répandu dans toute la Charente, présente un large dormant entre deux portes soigneusement moulurées et ornées de belles ferrures. Les tiroirs sont généralement au nombre de trois. Entre la fin du XVIII ème et le début du XIX ème siècle, la région de Balanzac a produit d'intéressants modèles en merisier avec des panneaux en Belle horloge Louis XV à chapeau de gendarme, fabriquée à Cognac. Epoque XIX ème siècle. Panneaux en loupe orme. Ces modèles étaient également valorisés par une marqueterie de qualité et une ornementation sculptée. Un autre type de buffet bas toujours en merisier a été fabriqué à Cherves-de-Cognac. Outre ses panneaux agréablement chantournés, il se caractérise par l'originalité de certains motifs incrustés notamment la soupière stylisée d'où s'échappent d'interminables rameaux aux extrémités noires.

Cabinets, encoignures et horloges

                                          Le cabinet est présent surtout en Vendée dans la région de Fontenay-le-Comte et dans la plaine de Poitou à Melles. Il se rencontre également en Saintonge où il est particulièrement soigné. Exécuté le plus souvent en merisier ou en cerisier, avec des panneaux en loupe d'orme, le cabinet sain-tongeais est orné le plus souvent d'une fine marqueterie sur la traverse supérieure. La garniture en fer finement découpé est très typique de la région. En Samtonge, on a réalisé d'élégantes encoignures sobrement moulurées qui s'inspirent du style Louis XVI. Les modèles sont le plus souvent réalisés en cerisier avec des motifs de cannelures sur le fronton, la traverse basse ou le centre des panneaux. Les encoignures les plus raffinées portent parfois une discrète ornementation marquetée.

                                          Les horloges, meubles composant l'intérieur charentais traditionnel, sont aujourd'hui devenues rares. Les modèles saintongeais se caractérisent par leurs incrustations raffinées. Elles ont parfois été fabriquées dans une belle qualité de merisier moiré. Les formes témoignent d'une grande recherche, on note ainsi la présence d'une corniche cintrée et d'une base gracieusement évasée. Qu'il soit réalisé dans des essences exotiques ou dans des bois locaux, le mobilier charentais a toujours témoigné d'une extrême diversité, imposant au passage quelques classiques : vaisseliers, armoires et bonnetières qui séduisent par leurs tonalités gaies, la fantaisie de leur décor et l'équilibre de leurs lignes. Si l'Aunis, et La Rochelle en particulier, semblent marqués par la tradition des meubles de port destinés à la riche clientèle, la Saintonge affirme à sa manière sa forte identité culturelle. Plus volontiers rurale, elle a vu naître un mobilier d'une étonnante finesse d'exécution et d'une grande originalité.

Les motifs marquetés sur les meubles saintongeais

                                          Dès la fin du XVIII ème siècle, des artisans ont réalisé des décors contrastés en asso- ciant différentes variétés de bois. Les premiers motifs incrustés étaient très simples et se composaient d'étoiles ou de rosaces. Puis le répertoire décoratif s'enrichit de guirlandes de fleurs et de motifs allégoriques tels que la soupière, symbole de prospérité familiale. On a parfois associé la sculpture à la marqueterie sur les meubles de fabrication saintongeaise. L'étoile et la croix de Malte, motifs saintongeais classiques, figurent souvent sur les armoires. Le citronnier et le poirier noirci étaient couramment utilisés en incrustations. Le décor se fait souvent très discret. Il se situe sous la corniche ou au centre de la traverse basse le plus souvent chantournée. Les motifs marquetés se rencontrent également sur le faux-dormant de certains modèles d'armoires ou sur le tiroir situé en partie basse.

Cabinet saintongeais en cerisier et panneaux en loupe d'orme

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