Restauration de Meubles

- Meubles régionaux -

Les meubles de Rouen

Atelier Bence
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Ciseau à bois


ROUEN

          Longtemps Rouen est restée plus importante que Paris. Capitale de la II ème Lyonnaise au temps de la Gaule romaine, cela lui valut, avec le christianisme, de devenir archevêché, à l'égal de Sens, capitale de la IV ème Lyonnaise, dont dépendra jusqu'au XVII ème siècle le bien secondaire évêché de Paris... Au XVI ème siècle, la cité normande est, depuis quatre siècles, une ville d'art extrêmement florissante, d'une rare densité d'églises. Celles-ci lancent peu à peu le plus fou des styles médiévaux, celui du gothique flamboyant, merveille d'exubérance encadrée par des architectures très équilibrées. Ces églises ne se contentent pas de faire chanter la pierre avec une étourdissante virtuosité mais aussi le bois. Stalles, boiseries, buffets d'orgues dépendant de ces sanctuaires témoignent de la qualité des huchiers rouennais, qui se manifeste aussi, et avec quel éclat, sur les façades des maisons, par leurs poteaux, colombages ou panneaux. Premier port sur la Seine, à trois marées de la mer, Rouen reçoit alors, en aval, des navires d'un tirant d'eau de sept mètres, et, en amont, ceux qui alimentent un puissant trafic fluvial avec Paris, déjà port capital, communiquant par affluents ou canaux, avec des provinces lointaines. Placée ainsi entre le cœur de la France et le reste de la planète, Rouen, cité d'une puissance économique et industrielle considérable, connaît une vie intense, attirant à elle d'immenses richesses artistiques.



Fauteuil à oreilles
Fauteuil à oreilles

          La ville est en relation avec l'Espagne, les Flandres et même l'Afrique et le Brésil, ce qui lui vaut de recevoir, à l'automne de 1562, les premiers Indiens d'Amérique débarqués en Europe. Aussi l'exotisme ne lui a-t-il jamais manqué, ce qui a pimenté son art. En témoignent jusqu'en notre temps de grands bourlingueurs tels Pierre Mac Orlan, qui fit des quais de cette cité le cadre ambivalent de quelques-uns de ses romans aux relents d'aventure, ou Charcot, qui choisit Rouen comme point de départ de certaines expéditions arctiques à bord du "Pourquoi-Pas ?". Comment s'étonner qu'une forte personnalité de la Renaissance ait choisi ces lieux comme théâtre de certains de ses exploits ? Georges d'Amboise, en effet devenu à la fois archevêque de Rouen et premier ministre de Louis XII, fit construire, dans les proches environs, l'extraordinaire château de Gaillon. Longtemps oublié, ce chef-d'oeuvre méconnu a fini par faire l'objet de recherches approfondies et de délicates restaurations. Quelles découvertes !



Le plus beau patrimoine


                    A l'égal ou peut-être mieux qu'un château de la Loire, et juste après Fontainebleau, Gaillon a constitué le moteur d’un formidable renouvellement artistique en France. Il adopta sans réserve l'art de notre sœur latine et appela des artistes italiens dont l'influence a contrebalancé, à Rouen, au XVI ème siècle, celle jusqu'alors prépondérante des Flamands. L'apport italien avait trouvé un terrain favorable, celui d'une vie culturelle déjà intense ; il lui donne un rebond amplificateur, marqué par de nouveaux et formidables concepts artistiques. Ce n'est pourtant pas l'architecture qui en subit les effets les plus décisifs, mais plutôt l'art décoratif, et notamment le mobilier. Ce mobilier normand constitue le plus beau patrimoine régional de France. S'il présente des caractères généraux, une étude un peu appuyée offre les délices de distinguer des traits locaux qui, aux dires des enthousiastes, vont jusqu'à varier d'une petite vallée à l'autre. Chaque ville, même menue, se prévaut de son type d'armoire ! Fière de son propre mobilier, Rouen présente le singulier mérite de s'enraciner dans son terroir, comme ne l'a fait aucune grande cité de province. Elle a su de plus préserver l'aspect raffiné et citadin, qui ne manque pas d'envergure. A la différence, par exemple, de villes portuaires comme Bordeaux ou Nantes ou de métropoles comme Lyon, son mobilier ne se distingue ni par la variété de ses essences ni par un style très particulier. Il n'en a pas moins une qualité ne pouvant appartenir qu'à une ville puissante. Les représentants les plus notoires du mobilier rouennais consistent en deux meubles bien normands : le coffre et l'armoire.

          Le premier apparaît d'une étonnante richesse, la seconde, d'une rare élégance dans la discrète finesse de son incomparable sculpture. Le bois, bien normand, reste un chêne de haute valeur, objet de soins attentifs, qu'on ne débite pas à la scie mais à la hache, afin d'éviter de gauchir les ais. L'ébénisterie rouennaise semble exceptionnellement maîtrisée. Le mobilier de Rouen offre le rare intérêt de faire percevoir l'évolution qui, du coffre médiéval, aboutit à l'armoire classique. Le coffre, perché sur un haut piétement devient crédence ou dressoir, s'ouvrant, en façade, par deux petites portes (début XVII ème). Apparaît un peu plus tard l'armoire quatre-portes, dont la forme révèle bien la superposition de deux coffres, chacun à deux portes. Ils font corps avec une ceinture intermédiaire où se trouvent des tiroirs (milieu XVII ème).


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Armoire dite à quatre portes. Celle-ci est dite de Pierre Corneille et daterait de 1660
Armoire dite à quatre portes.
Celle-ci est dite de Pierre Corneille et daterait de 1660


          Vient enfin l'armoire à deux grands vantaux ouvrants. Mais, sous sa première forme, d'époque Louis XIV, son décor géométrique montre clairement qu'il s'inspire de la "quatre-portes". Chaque vantail s'orne de deux panneaux moulurés, de dimensions égales, l'un inférieur, l'autre supérieur. Entre les deux s'inscrit un panneau plus petit rappelant : le tiroir. L'armoire, sous sa forme la plus habituelle, d'époque Louis XV, se permet de donner plus de mouvements à ses panneaux, qui obéissent au style Rocaille.

          La beauté a trop investi Rouen pour que des incursions dans d'autres secteurs de l'art décoratif ne soient pas tentantes. Ainsi une orfèvrerie de haute valeur, un travail spécial de l’étain, des bijoux populaires sans doute, mais raffinés, un fleuron enfin qui a trouvé ici une "terre" (argile) comme par miracle tout à fait favorable : la faïence, devenue une des plus illustres au monde, imitée partout. Il reste aujourd'hui une école de peinture qui fleure bon le talent local, voire provincial. Mais cette école de Rouen, née vers la fin du XIX ème siècle. Disparates, certaines toiles de cette école (Pinchon, Guilbert) ont le palpitant mérite de faire rêver à cette ville industrieuse et artiste, hélas autant malmenée par une guerre que par sa reconstruction. Mais les restes sont beaux, et restaurés avec amour. Les contempler trop vite serait un crime de lèse-majesté du patrimoine français. Des musées merveilleux en témoignent, le musée des Beaux-Arts, celui de la Céramique, de la Ferronnerie... et celui, à peine distant de vingt kilomètres, du château de Martainville, écrin somptueux de ces nobles meubles rouennais.



Armoire de Rouen en chêne. Seconde moitié du XVIII ème siècle
Armoire de Rouen en chêne.
Seconde moitié du XVIII ème siècle


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